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Yoga pour enfants et adultes

Yoga pour enfants et adultes

École de yoga. Bols chantants. Méditation. Tantra. Contact: yogajp@laposte.net

Marcher en conscience...par Justine.

jp —
Marcher en conscience...par Justine.

 

 

Après quoi courons-nous toute la journée?
L'efficacité d'un rendement toujours meilleur?

 Qu'est-ce qui nous empêche tant de prendre notre temps et de marcher, de découvrir ce qui se cache autour de nous?
Cessons d'être déjà au travail lors que nous sommes en train de déguster notre petit déjeuner.
La journée vient à peine de se commencer qu'une dizaine d'idées nous a déjà encombré l'esprit!! Trop, c'est trop!! 
La marche consciente nous offre une "heureuse" alternative car pour nous rendre au travail ou à un n'importe quel rendez-vous nous devons marcher, ne fussent que quelques pas .
La marche consciente c'est un instant que vous vous offrez pour vous ressourcer, vous apaiser. Prenez conscience des muscles qui fonctionnent quand vous déposez le pied au sol et tous les "efforts" qui sont réalisés pour effectuer ce si simple mouvement que vous effectuez par automatisme parce que vous vous refusez à cet instant précieux.

Savez-vous que quand vous marcher, vous avez une seconde, voire plus pour certains, de déséquilibre avant de retrouver un équilibre stable, n'est-ce pas merveilleux comme procédé et comme illustration thérapeutique?
Laissez-vous envahir par la sensation de bien-être qui vous assaille lorsque vos sens sont aux aguets dans l'endroit où vous réalisez votre marche consciente... laissez votre nez respirer les odeurs... quand je me rends au travail, je sens l'odeur du pain chaud et de la vanille quand un client referme la porte de la boulangerie, je renifle la poussière des travaux de la maison communale, l'odeur des pots d'échappement des voitures qui passent... je croise toujours le même vieux grand-père avec son bonnet rouge sur la tête qui va tous les matins chercher son journal à la librairie et qui me salue timidement, la dame qui promène son chien le regard fier et l'ado qui traîne les pieds et dont le pantalon traîne au sol.
J'admire les jardinières qui refleurissent au balcon, l'employé de l'épicerie qui sort ses caisses de légumes et les canetons, qui nagent derrière leur maman cane qui les protége en soufflant sur des intrus! J'admire aussi les nuances intenses du ciel, les rayures des nuages et les traînées des avions qui se colorent au fur et à mesure de la levée du soleil. Et je vais vous révéler un secret, souvent il n'est pas encore 7h30 que j'ai déjà pu profiter de ce "paysage" haut en couleurs! Et vous?

Je peux entendre des sons réguliers, l'ouvrier qui balaie ou plus diffus, les pots d'échappements, ou plus distinct le freinage d'une voiture, la musique de l'ado quand je le croise, mes pas sur le sol quand j'ai des talons!
Prenez conscience des sensations que vous pouvez découvrir quand votre pied se pose au sol. Chaque sol est différent au niveau de sa texture: un trottoir, de l'herbe, du sable, la rue,...

Votre corps est extraordinaire et les endroits que vous traversez aussi alors prendrez-vous "enfin" le temps de les (re)découvrir? ...au lieu de baisser les yeux pour avoir l'impression de courir plus vite...

Justine


 

Lenteur ( Extrait de " Marcher, une philosophie, F. Gros) - contribution: Hélène.

"Je me souviendrai longtemps de sa phase. Nous étions à monter un chemin raide dans les alpes italiennes. Mateo avait bien sur moi l'avantage, à l'époque,d'un demi-siècle au moins: plus de soixante- quinze ans. Il était mince comme un fil, de grandes mains rugueuses,visage creusé,et il se tenait droit toujours .Il pliait les bras en marchant, comme on se tient quant on a froid, et portait un pantalon beige.
C'est lui qui m'apprit à marcher. Et moi  pourtant qui disais tout à l'heure : on n'apprend pas à marcher, au moins là, pas de technique, pas d'histoire d'y arriver ou pas , de faire comme ceci plutôt que comme cela, s'y reprendre, répéter, se concentrer. Marcher , tout le monde sait faire. Un pied devant l'autre, c'est la bonne mesure, la bonne distance pour aller quelque part, n'importe où . Et il suffit de recommencer.
 Un pied devant l'autre.
 Mais quand je dis " apprendre " c'est pour une phrase. Depuis quelques minutes qu'on se trouvait à marcher sur un chemin grimpant, il y avait comme une pression derrière . Un groupe de jeunes gens , bruyants, qui voulaient aller vite , nous dépasser tapait un peu fort du pied pour faire sentir sa présence . Alors on s'est mis de côté, on a laissé passer la troupe claironnante, pressée, qui remerciait avec des sourires fiers. Et c'est là qu'en les regardant filer Mateo dit : "Alors quoi, ils ont peur de ne pas arriver pour vouloir marcher si vite !"
 La leçon, c'était que, dans la marche, le signe authentique de l'assurance est une bonne lenteur . Je veux parler pourtant  d'une lenteur du marcheur qui n'est pas exactement le contraire de la vitesse . C'est d'abord l'extrême régularité des pas, leur uniformité. C'est à ce point qu'on dirait presque que le bon marcheur glisse, ou plutôt il faudrait dire que ses jambes tournent , formant des cercles . Le mauvais marcheur peut aller parfois vite, accélérer, puis ralentir. Ses mouvements seront saccadés, les jambes dessineront des angles cassés. Sa rapidité sera faite d'accélérations subites, suivies de respirations lourdes. De grands mouvements volontaires, des décisions à chaque fois où le corps est poussé, tiré. Visages rouges et suants. La lenteur est surtout le contraire de la précipitation .
 Quand nous rejoignîmes au sommet le groupe "des sportifs" , ils étaient assis à commenter avec enthousiasme leur score et faire d'incroyables calculs . S'ils se pressaient ainsi, c'est qu'ils voulaient faire un temps . Faire un temps , drôle d'expression .
Nous nous sommes arrêtés un moment, pour regarder le paysage et, alors que le groupe continuait à faire de longs commentaires et des comparaisons interminables, nous sommes lentement repartis .
 L'illusion de la vitesse, c'est de croire qu'elle fait gagner du temps . Le calcul paraît simple à  première vue: faire les choses en deux heures plutôt que trois, gagner une heure. C'est un calcul abstrait pourtant : on fait comme si chaque heure de la journée était celle d'une horloge mécanique, absolument égale .
 Mais la précipitation et la vitesse accélèrent le temps, qui passe plus vite, et deux heures à se presser écourtent une journée . Chaque instant est déchiré à force d'être segmenté, rempli à craquer, on empile dans une heure une montagne de choses.
  Les journées à marcher lentement sont très longues : elles font vivre plus longtemps , parce qu'on a laissé respirer, s'approfondir, chaque heure, chaque minute , chaque seconde, au lieu de les remplir  en forçant les jointures . Se presser , c'est faire plusieurs choses à la fois , et vite . Ceci, puis cela , et encore autre chose . Quand on se presse , le temps est plein à craquer, comme un tiroir saturé parce que , sans ordre, on a empilé des choses et d'autres.
 La lenteur , c'est de coller parfaitement au temps , à ce point que les secondes s'égrènent, font du goutte-à-goutte comme une petite pluie sur la pierre. Cet étirement du temps approfondit l'espace. C'est l'un des secrets de la marche: une approche lente des paysages qui les rend progressivement familiers. C'est comme la fréquentation régulière qui augmente l'amitié. Ainsi un profil de montagne qu'on tient avec soi tout le jour ,qu'on devine sous différentes lumières , et qui se précise , s'articule . Quand on marche , rien ne bouge , ce n'est qu'imperceptiblement , que les collines s'approchent, que le paysage se transforme. On voit en train ou en voiture, une montagne venir à nous. L'oeil est rapide , vif , il croit avoir tout compris, tout saisi . En marchant ,rien ne se déplace vraiment : c'est plutôt que la présence s'installe lentement dans le corps . En marchant , se n'est pas tant qu'on se rapproche, c'est que les choses là-bas insistent toujours davantage dans notre corps .
 Le paysage est un paquet de saveurs, de couleurs , d'odeurs , où le corps infuse . "


 

 

Marcher en conscience...par Justine.

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